Maternelle : des séances d'EPS pas comme les autres ! - EPS - Articles

Maternelle : des séances d'EPS pas comme les autres !

Publié par Pascal le 24/03/2009 19:00:00 (6945 lectures)

mat3Devenir élève grâce au tutorat ! C'est le projet que Dominique Hennequin, Maître Formateur depuis 9 ans et Directeur de l'Ecole maternelle d'application Jean Moulin depuis 7 ans, dans la commune de Chaumont (Haute-Marne), a mis en place, avec ses collègues, dans le cadre des séances d'EPS.

Objectif : permettre aux élèves de maîtriser le langage et développer des compétences dans d'autres domaines d'apprentissage !

« Durant toute l'année scolaire, précise Dominique Hennequin, je travaille avec les grands, en demi-groupe, sur ce dispositif de tutorat. Voilà comment cela se passe : de septembre à décembre, je prépare la classe de grande section au projet : expérimentation du dispositif, travail autour des règles, évaluation des actions... C'est donc autant de préalables à voir avec eux avant qu'ils deviennent tuteurs ! ».



Le but ? Permettre aux « grands » de maîtriser des outils, des savoir-faire et des savoir-être pour être en mesure, ensuite, de les réinvestir en situation de tutorat face aux « petits ».
Dès le mois de janvier, et parfois même plus tôt, c'est l'heure pour les grands « d'affronter » les petits et d'éprouver ce qu'ils ont pu expérimenter durant un trimestre. Le travail de tutorat peut alors commencer...


C'est au total 18 séances qui vont s'enchaîner de janvier à juin; chacune s'articulant autour de 3 temps pédagogiques : un temps préparatoire, un temps de tutorat et un dernier de critique.
« J'entame la seconde phase du travail lorsque je les sens prêts. Pour la préparation, explique le directeur, les grands rencontrent ma collègue, Laurence Bertin, l'enseignante des petits, pour concevoir quatre parcours adaptés aux besoins de ses élèves.
Ils s'entraînent sur les parcours conçus, expérimentent ce qu'ils vont dire aux petits et inventent un mode d'évaluation et des règles d'or à respecter. Ce temps préparatoire dure environ une heure. ».

Une fois que tout est calé, le tutorat peut commencer : il intervient environ 2 jours après le premier temps pédagogique. Pendant la séance d'EPS des petits, la grande section prépare le parcours, distille les consignes et aide les petits à franchir les parcours semés d'embûches qu'ils ont imaginés. « La séance de tutorat, précise Dominique Hennequin, se conclut par une analyse critique de l'expérience vécue ! Les enfants se regroupent tous pour faire le bilan de la séance, les grands prennent la parole. Comme les enfants sont parfois durs entre eux, nous, enseignants, intervenons simplement pour reformuler ce qui peut être dit ».

Le dernier temps pédagogique, celui de critique, sert de bilan et de retour d'expérience : « Le premier groupe de grands évoque, face à ses autre camarades, son vécu de la séance de tutorat, énonce les problèmes rencontrés et donne les consignes pour la séance suivante », ajoute Dominique Hennequin.


Insertion dans le projet d'école

« Depuis maintenant six ans que cette activité est mise en place dans notre école maternelle, poursuit l'enseignant, les enfants parviennent à travailler les uns avec les autres et pas seulement les uns à côté des autres ! Et c'est bien là l'objectif principal du tutorat !

Militant de l'OCCE depuis fort longtemps, je suis convaincu par cette manière d'apprendre autrement ! » Loin d'être une pratique isolée dans l'école, ces séances de tutorat entre petits et grands s'ajoutent à un ensemble de pratiques quotidiennes déjà ancrées.

« Nous sommes quatre enseignants avec des exigences communes, explique le maître-formateur, nous avons mis en place dans l'école un projet citoyen. Par exemple, au sein de nos classes, ce sont les élèves, petits ou grands, qui prennent en charge le quotidien de la classe : faire le rangement, faire l'appel ou encore animer les ateliers d'accueil, les coins jeux. Nous avons tous pris le parti, poursuit-il, de responsabiliser très tôt nos élèves, pour qu'ils aient la notion de citoyenneté ! »

Dans tous les secteurs de la vie de l'école, sous bien des aspects - les séances de tutorat en sont l'exemple, Les activités « responsabilisantes » sont légions... et s'ins-crivent dans le projet d'école : « C'est écrit noir sur blanc : notre projet d'école s'articule autour de la coopération, du faire coopérer, insiste Dominique Hennequin. Pour nous, la coopération à l'école maternelle ne s'arrête pas au vivre ensemble. La coopération a aussi sa place dans les apprentissages, même avec des jeunes élèves ! »


Une manière de devenir élève !

Et justement, comment cela se concrétise-t-il ? Quelles sont les compétences développées ?
Le tutorat, tel qu'il est pratiqué dans les cours d'EPS, est une manière de travailler chez les jeunes enfants issus de milieux différents, plusieurs compétences, comme celle du vivre ensemble, mais pas seulement... C'est surtout un moyen de devenir élève !

« Pour moi, l'activité de tutorat en E.P.S n'est qu'un prétexte : avec toute l'équipe enseignante, nous aurions pu choisir une autre activité, précise Dominique Hennequin. L'important, c'est de montrer à ces jeunes enfants comment rentrer en communication, comment se construire un bagage langagier : les grands s'obligent à trouver les mots justes pour expliquer aux petits comment s'y prendre dans le parcours, ils organisent leur pensée. »

Savoir décrire, questionner, argumenter, c'est bien là le propre de la communication !
C'est ainsi que ces séances d'EPS pas comme les autres permettent de renforcer chez les jeunes enfants l'estime de soi tout en s'appuyant sur le regard de l'autre : « Le regard sur l'autre est très important dans cette activité : l'entraide entre le petit et le grand, les échanges que cela suppose apaisent les moments de vie à l'école. Le petit n'est plus perçu comme celui qui gêne et le plus grand, comme un géant ! » Petits et grands s'ouvrent l'un à l'autre, s'engagent dans une activité commune, deviennent partenaires de sport... en un mot, coopèrent ! Apprendre seul, c'est possible mais apprendre avec les autres et par les autres, c'est encore mieux.

Ce dispositif touche des axes transversaux comme l'estime de soi, le vivre ensemble ... et développe chez les jeunes enfants une meilleure connaissance de leur environnement, comme un lieu d'apprentissage : « Le fondement même de ce travail est de montrer aux enfants comment devenir élève ! C'est un moyen de permettre à l'enfant d'appréhender l'école, non plus seulement comme un lieu de socialisation, mais comme un lieu d'apprentissage ! » conclut le directeur.

Aider l'enfant à devenir autonome, à être responsable et à se sentir valorisé, n'est-ce pas justement le propre de la coopération et le plus sûr chemin vers le « devenir élève » !

Article d'Aurélie Baneath


Le dossier complet de ce dispositif pédagogique est téléchargeable sur :
http://xxi.ac-reims.fr/ec-jmoulin-cha ... torat_prise_de_risque.pdf


Source : Animation & Education – Mars – Avril 2009 – N° 2009 – Revue de l’OCCE

Note: 5.00 (2 votes) - Noter cet article -
Format imprimable Envoyer cet article à un ami Créer un fichier PDF à partir de cet article
Signets Sociaux
Mettre en favoris dans Blinklist Mettre en favoris dans del.icio.us Mettre en favoris dans Digg Mettre en favoris dans Fark Mettre en favoris dans Furl Mettre en favoris dans Newsvine Mettre en favoris dans Reddit Mettre en favoris dans Simpy Mettre en favoris dans Spurl Mettre en favoris dans Yahoo Mettre en favoris dans Balatarin Mettre en favoris dans Faceboom Mettre en favoris dans Twitter Mettre en favoris dans Scripstyle Mettre en favoris dans Stumble Mettre en favoris dans Technorati Mettre en favoris dans Mixx Mettre en favoris dans Myspace Mettre en favoris dans Designfloat Mettre en favoris dans Google Plus Mettre en favoris dans Google Reader Mettre en favoris dans Google Bookmarks
Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Commentaire en débat