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Du basket fauteuil pour une leçon de vie !

Publié par Pascal le 08/05/2010 15:00:00 (2891 lectures)

fauteuilaJoueur international de Basket Fauteuil, Ryadh Sallem parcourt les écoles primaires pour sensibiliser les élèves au handicap. Champion épanoui, il transmet aux jeunes son goût de la vie. Illustration dans une école lyonnaise.
Les cinquante élèves de CM2 entrent dans la pièce avec une excitation à peine contenue. La salle inhabituelle, des bancs au lieu des chaises, les cartables déposés à l'entrée..., tout indique que cette matinée n'aura rien d'un cours ordinaire. Plutôt atypique aussi le «prof» du jour. Vêtu d'une djellaba sans manches. Coiffé d'interminables dreadlocks. Il remarque, sans en paraître étonné, les yeux écarquillés des enfants. Tous ont le regard fixé sur les extrémités de ses bras : à gauche, il n'a pas de main, et sa droite est atrophiée. L'homme se présente.
Nouvelle surprise : Ryadh Sallem, 38 ans, est... joueur international de basket fauteuil, depuis 1987. IL représente aujourd'hui l'association CAP-SAAA*, dont il est directeur. Accompagné d'une dizaine de collègues, il va durant les trois prochaines heures sensibiliser au handicap les deux classes de cette école primaire lyonnaise. Comme il le fait tout au long de l'année, auprès d'environ 6 000 élèves.



fauteuilb« PEUT-ON RESTER HANDICAPÉ TOUTE SA VIE ? »
La session démarre par un clip sur les Jeux Paralympiques montrant du jeu, de l'émotion, des exploits. Les enfants sont littéralement scotchés par les performances des athlètes handisport. Puis Ryadh leur demande une chose dont, à cet âge, on raffole : poser toutes les questions qui leur passent par la tête. Les interrogations sont crues, touchantes, ingénues. Comment êtes-vous devenu handicapé ? Comment faites-vous pour manger ? Vous habiller ? Vous doucher ? Ouvrir Les portes ? Ryadh y répond avec une simplicité désarmante. Il raconte un quotidien normal, simple. Quasi identique au leur finalement, à quelques adaptations près. Et démontre surtout qu'il ne le subit pas. Une petite fille lui demande naïvement si l'on peut rester handicapé à vie. IL réplique, sérieux : «Mes mains ne vont pas repousser. Ça va te paraître étrange, mais aujourd'hui je ne me considère pas comme handicapé. Parce que je réalise mes rêves et je fais tout ce dont j'ai envie. » Une réponse qui résume parfaitement le personnage. Pas le genre à s'apitoyer sur son sort. Ryadh ne combat pas sa condition, mais le misérabilisme et la victimisation qui souvent accompagnent les personnes en situation de handicap : «Nous avons commencé les sensibilisations vers 1995. Au début, les profs me demandaient de témoigner pour parler de mes problèmes. Mais je n'adhérais pas à ça : j'ai des difficultés, certes, mais tout le monde en a. En quoi mon problème aurait une valeur supérieure à celui des autres ? Je préfère parler des solutions de chacun. » Son parcours vaut tous les discours. Il atteste de sa conviction inébranlable que, dans la vie, tout problème peut être surmonté. Plus jeune, des adultes ont tenté de lui faire comprendre qu'au vu de son handicap, le basket fauteuil, sa passion naissante, n'était pas fait pour lui. Mais impossible n'est pas Ryadh, devenu depuis l'un des meilleurs joueurs français de la discipline.

LE SPORT COMME AMBASSADEUR

Le sport est devenu le symbole de sa réussite. Et le meilleur ambassadeur de sa cause : «Je me suis demandé comment faire comprendre qu'il est possible de prendre du plaisir tout en étant en situation de handicap. Et ma passion, le basket, est un outil formidable ! L'avantage du sport, c'est que tout le monde peut être acteur. Les gamins, dès qu'on leur met les fesses sur un fauteuil, c'est juste magique, ça casse toutes les barrières. Habituellement symbole de difficultés, il devient un outil ludique. Ils ne l'associent plus à quelque chose de négatif. » Direction le gymnase de l'école, pour un test grandeur nature. Quinze fauteuils, un ballon et deux tours de roue, les appareils se révèlent étonnamment maniables. Chacun parvient à avancer, freiner, tourner. Suffisamment pour s'essayer à un petit match.Dix minutes de bonheur pour ces jeunes qui, entre deux éclats de rire, initient déjà des actions collectives alléchantes et inscrivent même quelques paniers. À la sortie, tous en redemandent. Ryadh a gagné la partie. Les élèves découvrent ensuite différents handicaps, à travers des mises en situation ludiques organisées par ateliers. Ici, une bénévole de CAP-SAAA leur apprend quelques rudiments du langage des signes, tandis qu'un dernier groupe s'immerge dans le monde des non-voyants en suivant un parcours les yeux bandés.

BOUSCULER LES A PRIORI
Retour à la salle, pour un rapide bilan de la séance. Volontiers philosophe, toujours positif et entraînant, Ryadh adresse ses derniers conseils : «La pire des choses, c'est d'être handicapé de la vie, de ne pas réaliser ses rêves. La vie vous a fait un cadeau, vous avez tous vos bras, vos jambes, votre tête. Mais, si un jour vous êtes en situation de handicap, la vie ne doit pas s'arrêter pour autant. Est-ce que j'ai l'air triste ?» Un énorme et enthousiaste « N000000n » résonne en écho. Manifestement, stupeur et interrogations ont disparu. Lisa, 9 ans, résume cette matinée comme une fructueuse leçon de vie : «Au début, quand j'ai vu les gens handicapés, ça m'a fait peur. Pour moi, ils devaient être tristes. Je ne savais même pas qu'ils pouvaient faire du sport. Mais tout ce que l'on a fait aujourd'hui m'a aidé à comprendre ce qu'ils ressentaient vraiment et j'ai vu que Ryadh était vraiment heureux. À la fin, j'avais l'impression qu'il n'était pas différent de nous.» L'après-midi, le charismatique champion renouvelle la session, avec deux autres classes. À nouveau, il bouscule les a priori. Le reste de l'année, il parcourt également des prisons, des entreprises, des grandes écoles. Il trouve dans son assistance convaincue les parfaits relais de ses messages, particulièrement chez les primaires : «Les CM1 et CM2 sont notre public favori. À cet âge, ils sont encore innocents et n'ont pas peur de poser des questions. Ils s'accaparent les valeurs, se construisent avec et sensibilisent même leurs parents quand ils rentrent chez eux ! Au final, ils retiennent l'essentiel : que l'on peut toujours s'en sortir, quelque soit le problème que l'on rencontre. Et, vis-à-vis des personnes handicapées, ils comprennent qu'il faut accepter l'autre dans sa différence. » L'équipe de CAP-SAAA quitte l'école en traversant la cour de récréation. Les enfants viennent les saluer, les remercier. La vue du handicap avait suscité un petit choc ce matin ; désormais cela ne les effraie plus. En trois heures, leur regard a pris une nouvelle lueur.


* : Créée en 1995, elle regroupe des activités de pratique du Basket Fauteuil, des actions de sensibilisation au handicap au sein d'écoles primaires, d'universités et de prisons, ainsi que des programmes culturels et artistiques liés au handicap ou destinés aux personnes en situation de handicap.


Auteur de l'article : Pascal Stefani

Source : Valeurs mutualistes - Le magazine des adhérents MGEN - N°265 Mars/Avril 2010

A lire aussi :

Un article sur  EPS et handicap moteur : http://webetab.ac-bordeaux.fr/Primair ... 0moteur/PG%20handicap.htm

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